Journal de voyage

Le 14 juin 2010
Brèves de printemps
Du lycée Joseph Loth à Villeneuve-sur-Lot… serait-ce la lotte finale ? En tout cas, séjour idyllique chez les pruniculteurs. Un salon du livre très classe. Champagne et Américano fait maison après le montage de la yourte, une Fée Clochette hilare… L’équipe est charmante, attentive, énergique. Légèreté de plume sous un soleil de plomb. Apérimots « people » : Patrick Poivre d’Arvor choisit Regard, on ne s’en étonnera point. Lionel Jospin décline Gifle en riant, et lui préfère Cinéma (il revient juste du Festival de Cannes)… Et de vraies rencontres, avec des gens (forcément) moins connus. Un soir, on nous autorise une échappée végétarienne en compagnie de Frank Andriat et d’Evelyne, sa lumineuse compagne. Sur l’éperon de Penne d’Agenais, une église déserte. Nous nous y asseyons. Le silence est une joie, la solitude une chance. Et vient nous effleurer l’Intime, auquel Frank a dédié un livre fragile et puissant.
Le Salon du Livre de Villeneuve se tient aux Haras Nationaux
Conversation entre notre yourte et un étalon...

Apérimots encore, fort agréables, à Loudéac, tandis que Tatiana et Yves-Marie (nous avons du recruter et former une deuxième équipe d’Apérimoteurs) arpentent les chemins de la réserve naturelle de Séné, à l’occasion des Marais Nonchalants. Ils en reviendront lessivés, mais ravis.
On enchaine direct sur une nouvelle semaine de résidence « Machicotes » dans la petite salle des fêtes de Kergrist, et nous retrouvons avec toujours le même bonheur notre metteur en scène favori. Alain d’Haeyer n’est pas qu’un grand professionnel. Il est aussi un excellent pédagogue, perspicace et patient. Dans quinze jours, c’est le grand plongeon (le Mans Fait Son Cirque). Brrrr…..
Et sans le moindre répit, nous voici entrainés dans le tourbillon de le deuxième Fête Machicote, le mini-festival que nous organisons. Vincent a quitté sa défroque de Grand Ciseau pour endosser le bleu de chauffe de régisseur général. Et hop, c’est parti. Quatre spectacles chez l’habitant. Vous décrire ce qu’on a vécu avant, pendant et après les spectacles ? Franchement, c’est impossible. Ca nous laisse pantois, autant de bonheur serein, alors que se déchainent alentour les forces maléfiques du football. L’an prochain, venez nous rejoindre !

Il arrive que jouer chez l'habitant, ça mobilise les gros moyens !
Le 8 mai 2010
Il y aura une vie après la Déglinguerie
On n’y pourra rien changer, l’époque est épopique, et le sera de plus en plus. Ca y est, il semble bien qu’on ait poussé le portillon de la Déglinguerie Générale. Il faudrait s’en inquiéter, nous assène-t-on… et sûr que dans notre domaine (la culture, vous savez, un vrai domaine, avec des murs et des gardes partout…), ça ne s’annonce point folichon. Pourtant, au niveau du vécu Arts Paisibles, et même si nous mordillent parfois les canines acérées du doute existentiel, de l’angoisse pécuniaire et de mon chat quand il a envie de jouer, on est plutôt dans la joie. C’est que y a des signes encourageants…
Ainsi de l’accueil réservé à notre bouquin. Il semble que Les Apérimots soient prisés comme livre de chevet, compagnon littéraire et discret qu’on héberge dans sa poche ou son sac à main. Nous sommes touchés de cette confiance. En spectacles ou en dédicaces, combien de belles rencontres encore ces derniers temps ! Avec en point d’orgue le labyrinthe culturel initié par le Conseil Régional des Jeunes au lycée Joseph Loth de Pontivy. Images et saveurs : notre yourte ronde dans la rigueur angulaire de l’architecture napoléonienne, le buffet fantastique mitonné par l’IME Ange Guépin, Gaëlle et Jérémy apérimotant avec l’aisance de vieux briscards… Cette génération nous déroute parfois. Elle paraît s’impliquer difficilement, mais elle est très réactive et généreuse dans l’instant.
Et puis il y eut la présentation du SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale) à l’occasion de l’assemblée générale du Conseil de Développement du Pays de Pontivy. On nous avait invités à y glisser quelques dérapades farfelues. Une certaine Jeanne Martineau, vice-présidente du Syndicat des Marches de Beauce, intervenant pour présenter la mise en œuvre du SCOT chez elle, a conséquemment gratifié l’auditoire d’un méga pétage de câble. Dans la même veine, le (vrai) Délégué Territorial joua avec humour et souplesse le jeu d’une séance de Scot-phrologie. Et chacun de repartir avec son kaléido-SCOT ! Que les élus, fonctionnaires et « civils », qui ont en charge de réfléchir à la cohérence qu’il faudra bien dégager de l’après-Déglinguerie, intègrent le rire et la fantaisie à leur réflexion nous semble de bon augure.

Gaëlle et Jérémy, Apérimoteurs hyper-classe !
Le 22 février 2010
A Valentine

Nous avions dans notre hameau une vieille voisine, Valentine. Hémiplégique, elle trônait comme une reine sur son fauteuil roulant, arborant superbe et blanche crinière, dardant un regard profond comme sa longue vie cloutée de douleurs, gourmande et généreuse, capable de rires en cascade aussi nombreux que les perles de son chapelet. Nous l’aimions beaucoup.
Un jour que nous assistons à son déjeuner, elle éprouve quelques difficultés à manger son yoghourt de sa seule main valide. Alors elle se tourne vers nous et nous lance : « Vous, au moins, vous n’êtes pas machicotes comme moi ! ». Le mot nous hèle. A cette époque, nous cherchons un titre à notre fantaisie clownesque. C’est quoi, machicote, du breton ? Non, nous apprend-elle, simplement un vieux terme qui se transmet dans la famille de génération en génération. Ca veut dire empoté, maladroit. Ainsi nous offre-t-elle ce nom pittoresque qui patronyme désormais notre famille de pitres. Valentine est morte tout à l’heure. La fièvre l’avait prise jeudi dernier, le lendemain de l’avant-première en salle des nouveaux Machicotes à Pontivy, à quinze kilomètres de chez elle…
… avant-première que nous lui dédions, et qui fut une réussite. Valentine peut nous quitter rassurée : « ses » Machicotes, réenvisagés par Alain d’Haeyer, s’émeuvent et s’amusent beaucoup sur scène, et manifestement leurs six cents spectateurs pareil ! Prochain épisode fin juin : le festival Le Mans Fait Son Cirque, qui co-produit le spectacle.

Photographie ci-dessous : l'équipe agréable et compétente des « lighteux-sondiers » du Palais des Congrès de Pontivy lors d’une pause-repas décontractée, encore que luciférisée par un traiteur monomaniaque du poulet/patates (de gauche à droite : Gilbert, Caro, David et notre maitre éclairagiste : Joël Viot).
Le 7 janvier 2010
Racines
Lorient et son agglomération, c’est un peu notre bassin ressource. On aime à s’y régénérer. Et de la place Paul Bert au City, en passant par Guidel ou Port Louis, l’archéorigologue des cultures rigolotes trouvera de la poussière d’Arts Paisibles un peu partout. On était donc bien aise de poser notre yourte à Lanester pour y passer les fêtes. Nous nous souvenions d’une incroyable soirée de Petits Mots et Grands Rires dans une salle Tam-Tam archi comble, à l’invitation de la Médiathèque. Et, tout récemment, de bien agréables Apérimots en ouverture de saison de la salle Jean Vilar, un théâtre qui respire la bienveillance. Au pied duquel nous nous retrouvions donc, et dont Yves, le directeur humouristico scientifique, nous avait gentiment confié la clé de sorte que nous puissions nous ablutionner dans les loges (même s’il fallut, le premier jour, courir après le Père Noël à travers les allées du marché pour la récupérer – oui, nous avons de vraies vies d’aventuriers !). Soyons francs : il n’y eut pas foule. La pluie, le froid, et la crise, quoiqu’on en dise. Mais un public enthousiaste, très motivé. Un peu comme si, par ces temps de lugubre accablement, les résistants de la bonne humeur et du partage fraternel s’étaient donnés rendez-vous sous notre toile. Et puis des amis nous accompagnèrent avec chaleur : Marion et Jean-Paul, qui rubalise un lampadaire plus vite que Lucky Luke ne dégaine, et préside à l'enthousiasmante épopée de l’Art s’emporte ; tous les Lanestériens du réveillon solidaire avec qui nous échangeâmes force embrassades; Jean-Michel et Marie (qui nous mitonne de très chouettes illustrations pour le livre des Apérimots à paraître en avril aux éditions Les Oiseaux de Papier) ; Anne et Lolo du Trio ; Yves et Marie-Jo ; Magali, enfin, qui se démena pour que tout se passe au mieux, et qui, avec son fiston, eut une bien délicate attention pour « les travailleurs de Noël ». Nous voici maintenant guère plus riches, mais requinqués par la brise atlantique et parés pour de nouvelles fantasmagories !

Le 24 novembre 2009
C'est dans les vieux volcans qu'on fait le meilleur humour
Sans doute, ils le savaient. Ils ne nous ont rien dit. Et c’est le cœur empli d’allégresse que nous nous en vînmes poser nos amuseries ancestro-néoniennes sur le plateau de Gergovie. Mais rien n’échappe à l’œil émoussé du Vieux Néon. Patatras ! Dans La Galipote (« le périodique auvergnat d’information critique ») ce titre : « le volcanisme auvergnat serait-il encore actif ? ». S’ensuit une enquête argumentée d’où il ressort que les volcans de la zone Pavin éructaient encore au Moyen-âge, et que ça pourrait bien repéter fissa… N’écoutant que son courage, Vieux Néon n’en souffle mot à la Fée Clochette ni au Frère Potard. Pourtant, il y a des signes qui ne trompent pas. L’équipe d’Humour sur un Plateau, septième festival du nom, brûle de l’envie de bien faire, se fissure de sourires chaleureux, casse volontiers la croûte, et lave… sa vaisselle, certes, mais quand même !
Bon, il n’y eut point de surgissement magmatique, et si le socle hercynien trembla, ce fut sous l’effet de quelque guili-guili thérapie. Nous apérimotâmes à La Roche Noire, en accueil du spectacle de Claire Maïro, imparable en zombie de sa marraine Muriel Robin. Et le lendemain, nous éclairâmes le monde à Mirefleurs. Merci aux bénévoles qui rendirent, en lever de rideau, un hommage électrique à leur hôte ancestral avec globe lumineux et véritable tube au néon, et nous gratifièrent d’un repas d’après-spectacle que nous n’oublierons pas. Frère Potard avait retrouvé sa chemise noire de vrai régisseur classe. Florent, faisant fi d’une nuit laborieuse et quasi blanche qui eût pu le briser en 135 fragments, conservait l’unité sereine du vrai programmateur. Arnaud-Guillaume-Olivier nous accompagnait de sa tranquille bienveillance, tandis que sous nos pieds, les monstres en fusion…
Avant que de rebrousser chemin, Vieux Néon s’en retourna sur les hauts de Mirefleurs. Un belvédère, et le regard qui couve le caravansérail immense où somnolent les dromadaires souterrains. N’affleurent que leurs bosses immobiles. Se relèveront-ils, les méharis du feu central ? Puys de Dôme, de Sancy, de la Croix-Morand (ah, cette chanson magnifique de Jean-Louis Murat !)…
Sur la route du retour, loin des quatre-voies, les noms de hameaux pittoresques, les flèches enchanteresses : « Saint-Léomer », « La Polka », « L’Ile aux Serpents, suivre La Trimouille », « Saint-Servais-les-Trois-C. » (les trois clafoutis ? les trois crottes ?)… et même, ça ne s’invente pas en ces temps de privatisation rampante, « Arnac-la-Poste » !

Le 20 octobre 2009
L’Odet scie les émaux
Ca ne veut rien dire, mais il plait au Racontoteur de service de commencer ainsi. Oui, da, nous étions à l’Odyssée des Mots (c’est pas mal, non, pour inaugurer la Racontote !), sise sur la berge de l’Odet (Quimper, donc faïencerie, donc émaux, etc.). Sciés nous fûmes, par les Papous oulipianio-homophoniques (1), un Océano Nox passé à l’écrémeuse de O et de N, et d’autres délicieux délires l’air de rien. Au passage, Jean-Bernard Pouy et Hervé le Tellier sont des garçons polis bien qu’érudits, sympathiques bien qu’intelligents, très drôles bien qu’écrivains. L’Odyssée des Mots, ce n’est pas un Salon du Livre, ni un Festival prout-prout. Une fête, peut-être encore un peu guindée dans ses murs, mais qui ne demande qu’à respirer. D’autant qu’il y a de l’esprit, aux Ursulines, et des gens de cœur. Nous y apérimotâmes, avec une carte espéciale dédiée à la gourmandise (crapaudine, meringue, ragoût, anorexie, langue, Berlin, et autres mignardises). Nous y encyclopédiquâmes de même (les « simples » gagnants à la loterie du jour : rue fétide et pensée sauvage). Et nous y logeâmes nos caravanes dans un surprenant camping enclavé en plein quartier (pas de photo, hélas, pour cause de capteur en rade. Si même les appareils numériques ne captent plus leur époque, où c’est-y qu’on y va !).
Sinon, du côté des objets, du silence et de la musique, ça bosse chez les Machicotes. Alain d’Haeyer, qui nous tord en scène, nous pose en lisière d’un vrai grand théâtre sérieux. Et voici nos pupazzi clowneux qui panouillent, s’ennuient, et se font leur petit cirque à eux au pied des majestueux « pendards ». Première semaine de résidence, en début de ce mois, au Trio Théâtre, d’Inzinzac-Lochrist. Accueil amical, comme à la maison. On s’emballe, on doute, on se remballe, on se rembarre, on se rambarde… il y a encore à terrasser, mais les garde-fous sont déposés, c’est l’essentiel !
(1) On vous recommande de vous gratter les Papous dans la tête chaque dimanche sur France Culture entre 12h45 et 14h00.